Sur les traces du patchouli en Indonésie

Pour la première fois de ma vie, j’ai vécu un voyage de presse sans filtre. Je ne sais même pas si je peux qualifier ces quelques jours de “voyage de presse”, tellement chaque instant était intense, riche en émotions et demandait une certaine énergie physique et psychique. Il y a quelques mois, IFF (International Flavors & Fragrances) me conviait en Indonésie pour me faire découvrir les terres de patchouli. Je crois que j’ai dû relire le mail trois fois pour me rendre compte que l’on me proposait un projet tout simplement unique. Pour faire simple, IFF est une entreprise internationale de création de parfum. À Paris, plusieurs nez travaillent dans les locaux et imaginent, suite aux briefs des plus grandes maisons, les essences que nous portons tous les jours. Pour cette semaine en Indonésie, j’allais vivre l’expérience aux côtés d’Anne Flipo, parfumeur incroyable qui a travaillé sur de nombreuses fragrances telles que “La Vie est Belle” de Lancôme, “Manifesto” d’Yves Saint Laurent ou encore mon parfum du moment “Basil & Neroli” de Jo Malone. Sincèrement, je ne pensais pas une seule seconde vivre un tel voyage.

Jour 1 : Au coeur de Tripper

Après un très long voyage et une nuit agitée (oui +7h de décalage horaire), je me réveille à Bali, plus précisément à Sanur. Il fait très chaud, humide et ce qui m’entoure me bouleverse complètement. Entre les palmiers, les offrandes aux dieux disposées ici ou là et le surplus de sourires dans les rues, la parisienne que je suis était complètement déconnectée de son train de vie en l’espace de quelques heures.

Pour ce premier jour, nous nous sommes rendus sur le site de Tripper, partenaire d’IFF-LMR Naturals (laboratoire qui produit les plus hautes qualités de matières premières naturelles). Au programme ? Rencontre avec François et Olivier Bernard, deux frères et fondateurs de Tripper, découverte des laboratoires de recherche et développement, meeting avec l’équipe chargée des programmes de développement durable (chez Tripper, on travaille sur la transparence de la filière pour développer la traçabilité, améliorer les méthodes de culture et de récolte, assurer le retour aux communautés locales en garantissant qu’il est équitable…) et focus sur la distillation de ce fondamental de la parfumerie. Je commençais à y voir plus clair et à comprendre à quel point Tripper et l’IFF tenaient à produire du grand patchouli dans les meilleures conditions. Aujourd’hui, les consommateurs veulent savoir ce qu’il y a dans leur parfum, connaître d’où vient la fleur ou la plante et savoir comment elle a été traitée et par qui. Il est donc primordial de lever le voile sur toutes ces questions afin de rassurer et de montrer que cette filière, autrefois opaque, est désormais transparente.

Jour 2 : Dans les fermes de patchouli

Dans mon programme, j’avais pu lire que nous allions visiter des fermes de patchouli et découvrir les champs. Dans ma tête, je m’attendais vraiment à voir des espaces verts à perte de vue, avec de nombreux fermiers en pleine cueillette. Et bien je me suis totalement trompée. Après avoir traversé le Bali où très peu de touristes s’aventurent et où j’ai cru attraper un torticolis à chaque virage tellement tout était beau, nous sommes arrivés dans une jungle. Pour accéder à la ferme, où nous attendaient les fermiers rattachés à Tripper, il fallait marcher un petit bout et une fois sur place je suis tombée nez à nez avec un tout petit espace où poussait du patchouli. Exit les hectars, bonjour la concentration de plantes fragiles qui renferment en elles l’exquis parfum du patchouli. J’ai très vite saisi qu’ici, les équipes recherchaient tout d’abord la qualité avant de quantifier. La terre est magique à Bali, la plante qui y pousse dégage un parfum unique une fois traitée (car oui un champ de patchouli ne sent rien ou presque) et pour Anne, tout comme nous tous, voir cela de nos propres yeux nous a fait quelque chose. Les fermiers étaient très fiers de nous montrer l’évolution de leur travail, leur formation au compost organique et de voir que nous étions là, à saluer leurs efforts. J’étais devant le tout début de la chaîne du parfum, là où tout commence et pour une grande passionnée comme moi, ça fait quelque chose.

Jour 4 et 5 : Sur l’île de Florès…

Après une journée off pour nous reposer un peu, nous avons pris un coucou direction l’île de Florès (2h de vol de Bali) pour découvrir les premières plantations de patchouli. Sur cette petite île, où très peu de touristes sont présents et où les dragons de Komodo sont rois, la plante n’était pas cultivée du tout avant que IFF et Tripper décident de profiter de la qualité de cette terre. Lors de mes escales à Grasse, on m’avait expliqué qu’une rose qui a poussé dans le sud de la France n’aura pas du tout le même arôme qu’une rose née à Ispartra en Turquie, et bien c’est exactement pareil pour le patchouli. Les deux essences seront subtilement différentes et s’adapteront à diverses senteurs pour obtenir un parfum parfait.

Je crois que ces deux jours à Florès m’ont totalement transporté. J’ai été au contact de fermiers passionnés, j’ai rencontré les habitants de cette petite île dont j’ignorais l’existence et j’ai pu voir le potentiel du patchouli au coeur de cette jungle immense. Encore une fois, j’ai remarqué que IFF et Tripper mettaient tout en œuvre pour que la plante soit traitée et récoltée dans le respect de la nature et s’attardaient toujours sur le plan social, afin que les agriculteurs travaillent dans les meilleures conditions possible.

Après cette escale, nous sommes retournés à Bali pour profiter de l’île avant de retourner en France. Avec l’équipe, nous étions tous unanimes, ce voyage a été riche pour nous tous et pour notre culture parfum. Comme je le disais précédemment, ce « voyage presse » m’a chamboulé. Je n’ai jamais eu la chance de rentrer dans une usine, jamais assisté à la distillation, jamais été en contact avec des scientifiques et ingénieurs… Le secteur du parfum est si riche, si précieux, que je ne pouvais qu’être honorée de franchir les frontières de l’Indonésie en compagnie de professionnels reconnus dans le milieu. J’ai été immédiatement écoutée, on m’expliquait (parfois plusieurs fois) les points un peu trop techniques et je suis revenue à Paris encore plus passionnée.

 

Merci à IFF de m’avoir fait vivre une telle semaine et merci à Tripper pour cet accueil incroyable. Il me tarde de revenir à Bali et de découvrir, d’autres pays, pourvus de plantes et de fleurs merveilleuses. Comme je le dis à chaque fois, il ne faut jamais sous-estimer le pouvoir du parfum et des émotions qu’il nous provoque.

Merci à Grégoire Mahler pour ces photos somptueuses et si vraies : www.fashion.gregoiremahler.fr

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